Sunday, January 27, 2008

Societe Generale: Who The Hell Knows?

Société générale : de nombreuses zones d'ombre demeurent
LE MONDE | 26.01.08 | 11h31 • Mis à jour le 26.01.08 | 11h38

La brigade financière a commencé ses perquisitions au siège de la Société générale, dans le quartier de la Défense, vendredi 25 janvier, au lendemain de l'annonce publique d'une "gigantesque fraude" de 4,9 milliards d'euros, imputée à un employé de la banque. "Les perquisitions sont en cours, pour saisir tous les fichiers informatiques des traders ", a confié au Monde un cadre dirigeant, vendredi en fin de journée. Une femme, responsable opérationnelle des marchés, aurait par ailleurs été entendue, sur suggestion de la Société générale, afinde décrireaux enquêteurs le film de la fraude.

Toujours vendredi, le Parquet de Paris a estimé qu'" à l'heure actuelle, on ne peut pas dire ce qu'il y a derrière cette affaire (…), [et qu'il était] prématuré de tirer une quelconque conclusion " sur ses éventuelles conséquences judiciaires. Cette déclaration nourrit la polémique désormais politique, et d'ampleur nationale, sur les responsabilités dans cette affaire de malversation présumée sans équivalent dans l'histoire de la finance.

L'information tardive donnée au gouvernement. Le premier ministre, FrançoisFillon, a annoncé, lors d'un déplacement au Luxembourg, vendredi, avoir demandé à la ministre des finances, Christine Lagarde, de lui donner "sous huit jours, toutes les indications" sur cette affaire.

Il a exprimé son agacement d'avoir été alerté tardivement de la fraude, par lePDG de la Société générale, Daniel Bouton : "Peut-être le gouvernement aurait-il pu être prévenu plus tôt", a-t-il déclaré.

L'ensemble des autorités de l'Etat n'ont été mises au courant du scandale que mercredi 23 janvier. Soit quatre jours après sa découverte, et alors qu'un " cabinet secret ", composé de M. Bouton, du gouverneur de la Banque de France, Christian Noyer, et du secrétaire général de l'Autorité des marchés financiers (AMF), Gérard Rameix, travaillait déjà, depuis trois jours, àun plan de sauvetage de la troisième banque française (Le Monde du 26 janvier).

En déplacement en Inde, le chef de l'Etat, Nicolas Sarkozy, a confirmé qu'il avait été personnellement informé de la fraude par Mme Lagarde, à l'issue du conseil des ministres du mercredi 23 janvier. La commission des finances du Sénat prévoit d'auditionner les régulateurs financiers (Banque de France, AMF et Fédération bancaire française), mercredi 30 janvier.

L'information divulguée à la Réserve fédérale américaine. Depuis jeudi 24 janvier, la rumeur circule que la Société générale aurait, en cédant en trois jours, du lundi 21 janvier au mercredi 23 janvier, l'équivalent de 48 milliards d'euros de dérivés d'actions fondés sur des indices européens, fait plonger les Bourses.Quela journée noire du lundi 21 janvier aurait inquiété au plus haut point les Etats-Unis. Que la Réserve fédérale américaine (Fed) aurait alors interprété ce"simili-krach" comme une aggravation de la crise des subprimes, qui l'aurait incitée à baisser de façon exceptionnelle son taux directeur de 0,75 point.

"Un trader de 31 ans aurait-il pu, de son bureau de la Défense, faire réagir la Fed ?", s'interroge un gérant parisien. L'hypothèse est jugée "farfelue" par un proche du dossier. M. Noyer, a lui assuré, jeudi, "avoir prévenu toutes les autorités compétentes". C'est-à-dire ses homologues européens, les régulateurs. Et aux Etats-Unis ? "M. Noyer a eu son homologue à la Fed, comme il a eu la BCE [Banque centrale européenne]", assure un proche.

La fiabilité du contrôle des risques. Deux jours après la description de la fraude par la Société générale, les interrogations persistent. Comment un homme, seul, sans complices, a-t-il pu déjouer les contrôles de l'établissement ?

Le montant de 48 milliards d'euros semble trop élevé pour une seule personne. En effet, lorsqu'une transaction dépasse un certain seuil, la "contrepartie", en l'occurrence le vendeur, exige un "appel de marge", une sorte d'avance sur le règlement.

Celle-ci lui permet de limiter sa prise de risque, en cas de défaut de paiement de l'acheteur. "Admettons que cette garantie ne représente que 1 % du montant total [les 48 milliards], ça fait 500 millions d'euros. Cela ne passe pas inaperçu", note Benoît Cougnaud, auteur de L'Univers des risques en finance (éd. Presses de Sciences Po). En outre, pour dissimuler ses ordres, le trader piratait le système informatique de la banque afin de gommer ses positions aux yeux des contrôleurs. "Mais comment a-t-il pu intervenir dans les systèmes des contreparties ou des chambres de compensation chargées d'effectuer le règlement et la livraison des titres ?", s'interroge M. Cougnaud.

Le rôle des régulateurs. Entre 2006 et 2007, la Commission bancaire a effectué dix-sept contrôles au sein de la Société générale. Aucun d'entre eux n'a permis de détecter la fraude.

De son côté, l'AMF, chargée de surveiller les transactions réalisées sur les marchés cotés, a été alertée au plus tôt. Mais pour le gendarme de la Bourse, "il ne semble y avoir, à ce jour, aucune infraction". Le trader a outrepassé les règles de la banque, explique-t-on, pas celles du marché.

Reste toutefois un point que l'AMF semble surveiller de près : la manière dont la Générale, dont le titre a chuté de près de 7 % en deux jours, a informé le marché de ses déboires.

Claire Gatinois et Anne Michel

1 comment:

Global said...

Il convient de lire ce point de vue - en anglais malheureusement - redige, il parait, par un ancien de Sciences Po:

http://acropolisreview.com/2008/01/france-in-need-of-sec.html